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LEONA GABRIEL
(Alias Miss Estrela)

Fille aînée d'une famille de cinq enfants, née à Rivière-Pilote à la Martinique en 1891, son père est un blanc créole géreur d'une habitation, sa maman élève ses enfants dans le contexte de vie qui leur est offerte. Des son plus jeune age, Léona côtoie le petit monde de l'habitation et observe les faits et gestes des nombreux ouvriers et manœuvres qui assurent un travail laborieux, exposés aux intempéries.
Dans ce milieu, les femmes et les hommes chantent pour se donner du cœur à l'ouvrage, la coupe de la canne à sucre est pénible sous le soleil ardent, le rhum agricole, boisson favorite des gens de la coupe, occupe une place prépondérante dans leur quotidien, elle constitue l'essentiel des efforts déployés, à l'habitation, les journées sont parfumées d'un air suave, mêlé à une odeur de rhum ajoutée aux senteurs des amas de canne et de vesou.
La famille GABRIEL vit au milieu de cette effervescence , les trois sœurs de Léona et son frère mènent une vie comme tous les autres enfants, Léona vit autre chose, elle savoure ce mode de vie qui veut que la chanson soit omniprésente aussi bien sous le soleil que sous la pluie, les chansons de la coupe engendrent une cadence qui imprime le " rendement " de la tache.

Est-ce la le départ d'une grande aventure qui mènera Léona tout droit à la carrière de chanteuse ?

Tous les employés de l'habitation l'adorent, avec eux elle a droit à tous les honneurs, les femmes et les hommes qui la croisent lui adressent toujours de gentils compliments sur sa beauté, elle acquiesce les nombreux qualificatifs tels : " chabine dorée " - " belle mulâtresse " - " ti colibri bleu " - " ti chat' " - " ti fleur des îles " - " belle tout'relle " - " ti crème " etc.

Elle attend avec impatience la fin de la semaine qui correspond à la paie des ouvriers, tous regroupés et assis par terre, ils chantent les airs du folklore accompagnés par des tambouyés, Léona s'égosille, à la grande joie de tous, malheureusement, tout a une fin ! le père de Léona se tue accidentellement, cela crée un désarroi dans la famille, sa maman ne tardera pas à rejoindre son époux, Léona n'est âgée alors que de dix ans.

C'est l'époque de la ruée vers l'or, Léona a quatorze ans, elle suit une de ses tantes en Guyane avec ses trois autres sœurs, auguste le frère s'oriente vers une carrière militaire.

Léona entame sa vie d'adolescence à Cayenne, elle y étudie la dactylographie et la sténo, le temps passe, et c'est une ravissante jeune fille qui déambule dans les rues de la capitale Guyanaise avec sa tante et des amis de celle-ci elle fait ses premiers pas de danse ; elle est belle et imposante et les danseurs n'ont d'yeux que pour cette ravissante mulâtresse, en dansant elle fredonne les airs qu'elle connaît bien et elle reçoit des compliments pour sa voix.

Les musiciens sont presque tous Martiniquais, il y a le violoncelliste DUVERGER, le clarinettiste ISAMBERT alias " sèpen maig " BONIFACE, SAINT HILAIRE, STELLIO etc.

Le temps est venu pour la belle mulâtresse de penser à son avenir, ses diplômes lui donnent accès à un poste de secrétaire dans la société LESSEPTE chargée de creuser le canal de PANAMA.

Le temps d'un retour au pays natal lui trotte dans la tête, elle a réalisé des économies substantielles qui lui permettent de retourner à la Martinique ; des son arrivée, elle négocie l'achat d'une pharmacie pour une de ses sœurs ; sa beauté fait tourner la tête à plus d'un Martiniquais, finalement c'est un riche négociant en sucre et rhum, un des deux frères BELLONIE de sa commune Rivière-Pilote qui est l'élu de son cœur.

Le couple est remarqué dans tous les hauts lieux de la musique traditionnelle tant à Fort-de-France que dans les communes ; Saint-Pierre commence à renaître et Léona s'y attarde volontiers, pour la belle mulâtresse, la vie se déroule dans l'allégresse et l'euphorie, le couple a du succès, Georges BELLONIE est un belle homme d'une élégance légendaire et richissime négociant de surcroît ; il constitue le rêve de toutes les femmes.

Il est souvent vu en compagnie de nombreuses jeunes femmes, les matadors parlent de lui, Léona voit la chose d'un très mauvais œil, et c'est le point de rupture, elle décide donc de quitter la Martinique pour se rendre à Paris en 1920.

Sa beauté et sa jeunesse lui ouvrent les portes de la " jet set ", elle côtoie des personnalités et cela la conduit à rencontrer la talentueux compositeur français Léo DANY-DERF ; qui pouvait-elle trouver de mieux ?, il fait les arrangements de tous les airs que chante Léona ; puis c'est le mariage.

Le couple a beaucoup de relations, la chanteuse évolue dans le milieu Métropolitain, au bout de quelque temps, le couple se sépare, l'épouse cherche a rallier le milieu Antillais, la musique traditionnelle lui manque, elle fréquente la pianiste Fernande DE VIREL, c'est d'ailleurs chez celle-ci que se réunissent les musiciens tels : STELLIO - LEARDEE - MADELEINE - CARBET - VICTOR - COLLAT - ORPHELIEN et les autres.
Au cours des répétitions madame DE VIREL tient le piano, cette femme est maman d'une petite fille qui se prénomme Cécile, elle adore la musique et fredonne en même temps que Léona, toutes les mélodies de l'orchestre de STELLIO, Léona en devient la chanteuse attitrée sous le pseudonyme de " mademoiselle Estrella ".
Elle prête aussi sa voix à d'autres orchestres, elle est de tous les galas et est applaudie dans les cabarets. C'est en décembre 1930 que Léona GABRIEL fait ses premiers enregistrements accompagnée par l'orchestre de STELLIO " a si paré " est une biguine de Léona et " soigné i ba moin " une mazurka de Saint-Pierre.

STELLIO s'approprie les deux titres, ce comportement amène le musicographe Victor CORIDUN à interpeller la S.A.C.E.M. puisque en 1929 il avait transcrit la mazurka dans son recueil de " chansons créoles d'avant 1902 ", par la suite, beaucoup d'autres enregistrements sont réalisés.

1935 célèbre la rencontre et le remariage de Léona avec l'officier de l'armée française SOÏME, qu'elle suit au Sénégal, à DAKAR, elle anime les soirées dans le cercle très fermé des amis de son mari, ses prestations revêtent beaucoup de succès durant deux années.

Afin de se faire connaître à la Martinique, elle expédie au fur et a mesure ses enregistrements à sa sœur qui devrait les lui commercialiser ; celle-ci ne partageant pas les idées d'artiste de Léona, achète le stock à chaque arrivée sans pour autant les ventiler.

(Léonie GABRIEL-SOIME en famille. Son époux et leur fille Henriette, derrière : Roland et Mauricette PATERNE)
Vers la fin des années 40, madame SOÏME décide de faire un retour au pays natal, elle y est attendu et fort sollicitée, elle se manifeste tant à la Martinique qu'a la Guadeloupe, elle obtient d'animer des émissions radiophoniques qu'elle baptise " ça c'est la Martinique ", elle est accompagnée pour ce faire par deux grands instrumentistes du pays.
Le clarinettiste Hurard COPPET et le tromboniste Archange SAINT-HILAIRE, leur succès est total, elle donne une nouvelle impulsion au carnaval des années soixante, puis arrive le temps de poser les valises. Elle pense à préparer un recueil de chansons créoles relatant les chansons de l'époque de Saint-Pierre ainsi que celle de son répertoire qu'elle intitule du nom de ses émissions radiophoniques " ça c'est la Martinique ", 1971 marque la fin du brillant parcours de la grande dame de la chanson traditionnelle.

Sa commune natale baptise une rue de son nom.
(Aude BAGOE)